Le rover Curiosity, sous contrôle américain… Et toulousain !

A la suite de l’atterrissage de Curiosity sur Mars, nous avons vécu 90 jours aux Etats-Unis et travaillé aux horaires martiens [1 jour martien dure 24h… et 40 min] », raconte Eric Lorigny, ingénieur au CNES et responsable du FIMOC (1), le centre de contrôle des instruments français de Curiosity.

Pendant cette période, toutes les équipes de Curiosity sont réunies au Jet Propulsion Laboratory, en Californie, pour s’assurer de la bonne santé du robot. « On a beaucoup appris car les Américains ont un savoir-faire unique en matière de pilotage de rover», témoigne Olivier Gasnault, planétologue à l’IRAP (2) et responsable des opérations scientifiques de l’instrument ChemCam.

Aujourd’hui, les scientifiques français sont rentrés chez eux. Certains ont repris leurs quartiers à Toulouse, au FIMOC, d’où ils opèrent les instruments ChemCam et SAM (3), et se sont mis à l’heure… californienne. La journée de travail commence à 17h, et les manœuvres du rover sont décidées au jour le jour en coordination avec leurs homologues américains.

De temps à autre, les équipes de SAM investissent le FIMOC pour programmer le mini-laboratoire et récolter de précieux échantillons de roches. Mais pour l’heure, toute l’attention est focalisée sur le laser de ChemCam. Une vingtaine de scientifiques et 6 ingénieurs du CNES et du CNRS sont mobilisés une semaine sur 2 pour piloter l’instrument.

20 scientifiques et 6 ingénieurs pour opérer ChemCam

« Les commandes et la réception des données se font au quotidien. C’est un peu comme si on était assis sur le rover et qu’on faisait de la géologie de terrain », s’enthousiasme Olivier Gasnault. Des photos de la planète rouge devant les yeux, les géologues, sédimentologistes, et géochimistes de l’équipe sélectionnent, avec soin, les roches à analyser.

« Il faut se familiariser avec les échelles et la diversité des terrains – il y a des zones pelées, de gros galets, des dunes de sable, des roches volcaniques alvéolées… – pour, au final, trouver LA roche qui nous intéresse », relate Olivier Gasnault. Grâce au laser de ChemCam, il est ensuite possible de connaître, à distance, sa composition.

Une fois la roche identifiée, les ingénieurs, qui connaissent l’instrument ChemCam sur le bout des doigts, évaluent la faisabilité de la manœuvre et programment le laser en s’aidant d’images 3D. « La pression est forte, souligne Eric Lorigny. Si on se trompe dans nos calculs, non seulement on rate les mesures mais on peut aussi paralyser les autres instruments du mât… ».

« Je me souviens encore avec émotion des 1ers trous que j’ai faits sur Mars, poursuit l’ingénieur. J’en ai fait un poster ! ». Il faut dire qu’il s’agit parfois de viser de minuscules cailloux, pas plus gros qu’une mouche, à des distances de 4 ou 5 m ! Mais les équipes sont entraînées et, la chance aidant parfois, Curiosity révélera sans doute certains secrets de la planète rouge.


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